Retour vers le futur

Trump

Donald Trump Cc Wikimedia

 

Vous rappelez vous de l’évènement que l’humanité a fêté en septembre 2015 ? Le 70e  anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour la petite histoire, rappelons-nous que ce conflit, se déroulant sur les cinq continents, fit plus de 62 millions de morts. La Seconde Guerre mondiale a opposé deux camps aux visions radicalement opposées : celui des démocraties contre les régimes totalitaires, extrémistes de droite et fascistes.

L’anniversaire que nous fêterons en août revêt à mon avis une importance particulière cette année.

Vous vous demandez surement pourquoi ? Parce que le monde semble avoir oublié les causes qui ont mené au conflit le plus meurtrier de son histoire. La haine et la peur de l’autre, la pensée fasciste font leur retour de manière décomplexée dans des pays que l’on pensait à tous jamais à l’abri de ces comportements destructeurs du vivre ensemble.

Aujourd’hui, en France, le Front national, parti d’extrême droite affirme sa présence d’élection en élection. Ses représentants, invités sur tous les plateaux de télévision, ne choquent pratiquement plus. Leurs idées sont reprises par des politiciens et des penseurs qui, hier encore, les vouaient aux gémonies. Quant aux citoyens de ce pays, ils sont de plus en plus nombreux à afficher ouvertement leur soutien à cette extrême droite qui, dans ses fondements, reste ouvertement réactionnaire, antisémite, homophobe, islamophobe et isolationniste.

Aux États-Unis, la situation n’est pas meilleure. Beaucoup sont ceux qui s’amusent des sorties et des phrases délirantes d’un Donald Trump. Mais moi, j’ai peur, j’ai même très peur. Dans la première semaine de décembre 2015, le candidat à l’investiture du Parti républicain était en tête dans les sondages nationaux avec 27% d’appuis favorables (son plus proche concurrent Marco Rubio, qui n’est pas un enfant de chœur non plus, recueille 17% des appuis).

Mais qu’arrive-t-il au peuple américain ? Du moins à cette partie qui fait confiance à ce clown politique peroxydé. Comment peuvent-ils donner leur appui à un bonhomme qui dans ses déclarations affirme qu’une partie de sa population, pour ses convictions religieuses modérées et pacifiques, devrait être fichée ou qu’une grande partie de l’humanité, pour ces  mêmes convictions religieuses, devrait être bannie des États-Unis sans aucune autre forme de jugement. Non, vous lisez bien, ces propos sont tenus dans l’Amérique de 2015 et non dans les rues du Berlin de 1935. Ne parlons même pas ici des discours tenus par Trump qui sont encore plus désobligeants pour ses voisins mexicains.

J’ai peur de me dire qu’il existe une possibilité, même infime, que la première puissance économique, militaire et culturelle de la planète puisse élire à sa tête un extrémiste de la trempe de Trump. Même si nous ne sommes ni Français ou Américains, ces pays ont une grande influence sur le monde et nous devons nous indigner face aux courants néo-fascistes qui s’y développent.

Que nous est-il arrivé ces dernières années pour que des personnages comme Marine Le Pen ou Donald Trump puissent bénéficier de tels appuis dans leurs populations? Comment se fait-il que des gens clairement extrémistes puissent s’exprimer ainsi en public sans que toutes les forces morales de leurs pays ne condamnent avec la plus grande énergie leurs déclarations? À une époque récente, ces néo-fascistes n’auraient même pas été invités dans les débats publics et seraient restés confinés en marge de la vie politique.

À oublier notre histoire, notre futur risque d’être une malheureuse répétition des malheurs passés. L’intolérance sociale ou religieuse a toujours conduit l’humanité à la catastrophe. Françoise Giroud, ancienne femme de lettres et politicienne française, disait : « Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser ».



De Harper à Trudeau

Justin Trudeau, futur premier ministre du Canada. Cc Flickr

Justin Trudeau, futur premier ministre du Canada. Cc Flickr

Après le dénouement de la plus longue campagne électorale de l’histoire du Canada, faisons un petit tour d’horizon du paysage politique.

Dans le monde sportif, on dit souvent qu’un grand champion doit savoir partir au bon moment. Cet adage pourrait être transposable dans le monde politique.

Ces 100 dernières années, aucun premier ministre canadien n’a pu remporter les suffrages du peuple quatre fois de suite. Stephen harper, nouvel ex-premier ministre du Canada n’a pas échappé à cette règle et vient de perdre son pari électoral.

Stephen Harper aurait dû voir arriver le boulet de la défaite. Ces derniers mois, la majorité des sondages affichaient clairement que le désir de changement politique au sein de la population était grand. Ces dernières semaines, de nombreux scandales judiciaires sont venus ternir l’image des conservateurs canadiens. Pire, de nombreux ténors conservateurs, ex-députés n’ont pas voulu se représenter aux élections pour défendre leur siège au parlement. Bref, Stephen Harper a été battu et il laisse derrière lui le travail d’une décennie qui aura complètement changé l’image du pays de l’unifolié.

Quant au Nouveau parti démocratique du Canada (NPD), la chute a été lourde. Au début de la campagne, les sondages lui prédisaient la victoire finale alors que les néo-démocrates ne seront finalement que le troisième groupe parlementaire à Ottawa.

Les raisons de cet échec sont multiples et le Parti devra faire une introspection importante pour espérer sortir un jour – et durablement – de sa position d’éternel troisième. Il est fort à parier que l’establishment néo-démocrate demandera des comptes à son actuel leadeur Thomas Mulcair sur ses choix stratégiques. En effet, Le NPD traditionnellement connu comme progressiste de gauche à tendance sociale-démocrate, a tenté un recentrage au centre qui lui a surement été pénible.

Les libéraux – traditionnellement au centre – les ont doublés sur leur gauche pour se présenter aux yeux des Canadiens comme le choix le plus progressiste qui s’impose. Pire, le NPD qui devait naturellement incarner le changement (ils n’ont jamais été au pouvoir à Ottawa) s’est vu perdre cet atout décisif au profit des libéraux (le Parti qui été le plus longtemps au pouvoir dans l’histoire du Canada). La position de leadeur au début de la campagne n’aura sans doute, non plus, pas aidé la cause néo-démocrate. L’image positive que la population percevait d’eux s’est beaucoup dégradée, car ils se sont retrouvés au centre de toutes les campagnes négatives des autres partis

D’autres tendances ressortent de ce vote. Le mouvement souverainiste québécois est en perte de vitesse. Après s’être effondré aux élections de 2011 avec 4 députés élus, ce parti comptait sur les élections actuelles pour revenir au centre de la carte électorale québécoise. Pari raté, car sur les 78 sièges au Québec seulement 10 sont revenus dans leur giron.

À la fin de cette campagne électorale marathon, le Parti libéral du Canada a coiffé tous ses adversaires au poteau. Il y a 80 jours, les libéraux canadiens étaient troisièmes dans les sondages et les plus optimistes d’entre eux se voyaient finir la campagne électorale en deuxième position.

Justin Trudeau, le vainqueur de ces élections fédérales, reste le « beau » pari du peuple canadien pour le futur. Nombreux sont ceux qui s’attendaient à de nombreuses erreurs de sa part durant la campagne, nombreux sont ceux qui reconnaissent qu’il s’en est finalement bien sorti.

Souriant, populaire – à tendance people -, on reproche à Justin Trudeau de manquer de profondeur dans ses réflexions et de trop souvent faire appel aux notes de ses conseillers qu’il a tendance parfois à apprendre par cœur.  Ex-professeur d’art dramatique, avec une expérience politique relativement faible, il reste encore beaucoup à apprendre au jeune premier ministre de 43 ans.

Tout de même, félicitations pour votre élection monsieur Trudeau, vous avez maintenant quatre ans pour nous prouver que les Canadiens ne se sont pas trompés dans leur choix.